Emmanuel Macron et l’Afrique : ces entrepreneurs françafricains aux basques du jeune premier

ECHOS DU NORD

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“Change. Believe” Barack Obama

Tri-hebdomadaire Gabonais d’informations — 11e année

N°436 du Mercredi 26 Avril 2017 - Prix : 600 F.CFA

Entreprise

L’ancien ministre et homme d’affaires Andrew Crépin Gwodock épinglé à Paris avec 30 millions de FCFA en liquide

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Gabegie

Malika Bongo, la fille gâtée Lire en P2

Politique

A propos des plans de Jean Ping

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LETTRE A ALI BONGO POUR LA LIBERATION DES PRISONNIERS POLITIQUES

L’administration au bord de la paralysie

Les agents du ministère de l’Économie en grève générale illimité Lire en P6

Baisse des réserves de change

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Un Fonds national agricole pour quoi faire encore ?

« Et puis quoi encore ! »

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L’investissemen t et la consommation risquent d’en pâtir

Agriculture

A Monsieur Raymond Ndong Sima Vous avez adressé un droit de réponse à « Echos du Nord », en évoquant une loi sans bien préciser laquelle. Cela étant, nous vous saurions gré de bien vouloir revisiter ladite loi et devous y conformer. Par ailleurs, un droit de réponse est fonction des faits contenus dans un article auxquels vous pourrez apporter des arguments contraires que, du reste, nous nous empresserons de rectifier. Ce n’est ni le lieu de l’invective, encore moins celui de l’insulte. Toute chose qui ne reflèterait pas la stature que l’on vous donne, eu égard aux hautes responsabilités que vous avez occupées dans ce pays. Nous ne voudrions pas croire un seul instant que des attitudes aux antipodes de la courtoisie minimale seraient le fait d’un problème profond d’éducation de base et d’ego. Il serait très inconvenant de reprocher des faits diffamatoires à « Echos du Nord » et user de la diffamation en retour. Nous vous invitons à prendre un peu de hauteur. C’est cela aussi la marque des hommes publics véritables.

Monsieur le dictateur, Cette lettre n’est ni une critique ni un compliment. Nous ne pouvons pas vous jeter de fleurs, car toutes les fleurs de l’avenir sont dans les semences d’aujourd’hui. C’est seulement un appel patriotique pour la libération de tous les prisonniers politiques, même si vous avez un cœur dur comme un rocher. « L’homme a du sang rouge, mais sa salive est blanche », me faisait remarquer mon grand-père. La justice que vous pratiquez dans le seul dessein de régler des comptes à vos contradicteurs ne fait ni votre grandeur ni celle de la nation gabonaise. Le climat délétère que vous avez installé à travers des arrestations à tout va et des intimidations sans relâche mène inexorablement notre pays vers un recul démocratique et fait la honte du peuple gabonais. C’est pourquoi nous vous appelons à la raison, même si vous êtes aveuglé par les friandises du pouvoir. Mon aïeul me conseillait : « Quel que soit le goût du repas, n’avale pas ta langue. » Monsieur le dictateur, vous avez détourné la justice du droit chemin, afin de punir à tout prix, sans preuve suffisante, tous les Gabonais qui ne font pas vos dithyrambes à longueur de journée. Vous traquez tous ceux qui militent pour votre chute ou sont proches de l’opposition. La dernière victime de ces règlements de comptes à répétition est Claude Alain Ndjally, aide-camp de l’opposant Jean Ping. Après le bombardement du quartier général de ce dernier, l’arrestation de son proche collaborateur est un nouvel acte de provocation. « Qui frappe le chien vise son maître », m’expliquait mon pépé. Suite en page 2

ACTUALITÉS

ECHOS DU NORD N°436 du Mercredi 26 Avril 2017

LETTRE A ALI BONGO POUR LA LIBERATION DES PRISONNIERS POLITIQUES

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Gabegie

Malika Bongo, la fille gâtée Ranger Rover de 50 millions de F CFA, villa huppées, voyages en première classe, sacs remplis de billets de banque : la vie de l’aînée des enfants du dictateur gabonais est un film. De Libreville à Paris, en passant par Los Angeles, Miami et Londres, elle vit comme une princesse. Ses folies de grandeur sont souvent payées rubis sur l’ongle par la présidence de la République, donc avec l’argent du contribuable.

Suite de la page 1 Fort de votre victoire par la force, vous jouissez d’une impunité révoltante que vous entretenez également face aux criminels de votre camp composé de psychopathes et d’escadrons de la mort. Nous attirons votre attention sur le fait que la recherche de la paix dans notre pays passe nécessairement par une justice impartiale et non par une justice des vainqueurs. Pour tout dire, la réconciliation nationale passe par la libération immédiate des prisonniers politiques illégalement détenus et torturés. Vous ne pouvez pas appeler vos concitoyens à dialoguer à vous alors que vous avez la trique à la main. Mon grand-père disait : « On n’appelle pas un chien avec un bâton à la main. » Veuillez donc libérer Bertrand Zibi, Landry Amiang, Claude Alain Djally et tutti quanti. Leur détention est non conforme aux règles d’un Etat de droit, car ils sont emprisonnés pour leurs opinions. Loin d’être politiques, nos préoccupations sont formulées purement et simplement pour des raisons de cohésion nationale et de paix sociale. Vous devez régler ce problème qui devient chaque jour plus urgent. Certains de ces prisonniers sont dans des situations sanitaires critiques, tel Landry Amiang qui est diabétique. Le monde civilisé se souviendra longtemps de votre sadisme. « Tous les chiens mangent les excréments mais on ne parle que de ceux qui en laissent sur leurmuseau », m’expliquait mon papé. Il serait à votre honneur de libérer tous les prisonniers politiques. L’apaisement du climat est une impérieuse nécessité, mais cela n’est possible que dans un environnement qui promeut, respecte et garantit l’Etat de droit. Malheureusement, vous avez inauguré votre deuxième mandat d’imposteur par des lois liberticides. Alors, les yeux du monde sont fixés sur vous. Nous vous demandons la libération immédiate des prisonniers politiques afin d’envoyer à votre peuple et au monde un signal fort. Pour une fois dans votre vie, posez un acte qui ne sera pas entaché de malveillance. Mon papy me faisait remarquer que « l’ombre du zèbre n’a pas de rayures ». Vous êtes à l’origine de la dégradation du climat dans notre pays. La gestion approximative des affaires publiques a exacerbé le délabrement des conditions de vie de nos populations. Le vécu des Gabonais ne cesse de se dégrader sans qu’aucune espèce de solution ne se pointe à l’horizon. On attend que vous apportiez des solutions adéquates aux besoins élémentaires de vos concitoyens. C’est mieux que d’emprisonner des adversaires pour raisons politiques. Vous traquez même des jeunes qui ont l’âge de vos enfants. Cela ne vous grandit pas ! « L’aigle ne perd pas son temps à gober les mouches », m’apprenait mon pépé. Un Gabon uni est la seule voie qui permettra à notre pays d’échapper au chaos, à la partition et à un conflit fratricide. Dans quel intérêt posez-vous des actes qui remettent en cause la paix sociale ? Pourquoi pensezvous que certains compatriotes méritent d’être en prison et vous en liberté ? Accepteriez-vous qu’on vous prive de vos droits fondamentaux ? N’est-ce pas la peur de la prison qui vous amène à vous accrocher au pouvoir ? Si vous estimez que la prison est un palais doré, alors acceptez d’aller y séjourner. D’ailleurs, mon grand-père disait : « Si tu penses que le pain ne sent pas la chaleur au four, prends sa place. » Monsieur le dictateur, nous vous demandons, par la grâce de Dieu et sur demande de beaucoup de Gabonais épris de paix et de justice, de libérer tous les détenus politiques. Notre pays ne pourra jamais prospérer dans la division. Si vous restez insensible à cet appel patriotique, le Gabon ne pourra pas sortir de son gouffre. Sachez que l’or et l’argent sont testés par le feu. L’homme est jugé d’après sa réputation et ses œuvres. C’est le moment d’entrer dans l’histoire ou jamais. Le peuple vous a donné plusieurs occasions de sortir par la grande porte, mais vous ne les avez pas saisies. Cela ne nous surprend pas. « La poule voit la porte, mais elle préfère sortir par la fenêtre », aimait à dire mon aïeul. Kake Nenda

Malika Bongo aime voyager en première classe ou à bord du jet de la Présidence. Par KN

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eu présente sur le devant de la scène politique, Malika Bongo est sans doute celle qui tire le plus de profit de la présence illégitime de son père à la tête de l’Etat. Elle s’engraisse alors que les quelque 1 800 000 habitants du Gabon croupissent dans une pauvreté endémique et criante. La fille aînée d’Ali Bongo détiendrait également des capitaux dans la plupart des sociétés de bâtiments et travaux publics installées dans le pays. Une boulimie de puissance financière couplée à une orgie consommatrice. Aussi dépensière que son père, elle a contribué à grever le budget de l’Etat, se nourrissant et se logeant aux frais de la présidence de la République. Malika a commencé à mener une vie de princesse au lendemain de l’arrivée par effraction de son père au pouvoir. En 2010, Ali Bongo a demandé au Trésor public de décaisser la somme de 5 milliards de FCFA pour l’achat d’une villa située dans le quartier huppé de La Sablière, à Libreville, jadis propriété de sa défunte sœur Albertine Amissa Bongo. La vendeuse n’était autre que sa mère, Joséphine Kama. La villa, qui a plus de 3 hectares de jardin, était destinée à sa fille aînée, Malika Bongo. Mais cette dernière a renoncé in extremis à s’y installer. « Son père lui a dit qu’aucun homme ne pouvait accepter d’aller vivre avec une femme dans une si grande villa. Au lieu d’y habiter, elle y a plutôt installé le bureau de Miss Gabon », a expliqué une source proche de la famille. C’est plutôt la villa Sébé 2, du Français David Roux et de son épouse Florence, située en face de l’hôtel Onomo, toujours à La Sablière, que Malika Bongo loue depuis 2012, pas moins de 8 millions de FCFA par mois. Les lieux consistent en une propriété immobilière à usage d’habitation. C’est la présidence de la République qui paie le loyer. Nuitées dorées Partout où elle passe, Malika Bongo mène une vie de pacha, n’hésitant pas à loger dans les hôtels les plus chers. A Paris, elle a séjourné pendant dix-neuf jours au prestigieux Georges V, non loin de la célèbre avenue des Champs-Elysées. La facture s’élevait à plus de 29 000 euros (environ 20 millions de FCFA). Une somme payée par la présidence de la République gabonaise. Lors d’un séjour aux EtatsUnis d’Amérique, Malika Bongo a logé au luxueux Beverly Hill Hotel. La jeune femme a quitté l’établissement sur la pointe des pieds, sans avoir réglé sa facture qui s’élevait à plus de 130 millions de FCFA. Ce délit de grivèlerie a amené les

responsables de l’hôtel à menacer de saisir les autorités américaines. « Si nous ne recevons pas de réponse, nous serons forcés de transmettre cette question au Département d'Etat américain et au Département de la Sécurité intérieure. Conformément au Règlement des États-Unis, l'entrée par votre client et votre groupe dans les territoires américains pourrait être restreinte jusqu'à ce que cette question soit satisfaite. Veuillez répondre dès que vous le pouvez », avait écrit un responsable de Beverly Hill Hotel à un collaborateur de Malika Bongo. Elle dépense jusqu’à 130 millions de FCFA pour des nuitées dorées dans les hôtels. La fille aînée du dictateur ne donne pas vraiment une image royale de sa famille. Sa garde-robe vient pourtant de chez Versace, Gucci et Dolce & Gabbana. Malika ne regarde pas a la dépense quand il s’agit de se faire plaisir. Elle peut claquer jusqu’à 20 millions de FCFA dans des soirées arrosées entre amis. Quand elle rentre chez elle, généralement à l’arrière d’un Ranger Rover Evoque, acquise à 50 millions de F CFA, ses employés doivent lui faire des salamalecs. Le despote gabonais a engendré un nombre indéterminé d’enfants avec de nombreuses femmes, mais c’est Malika, clairement sa préférée, qu’il prépare à prendre les rênes du Gabon. Cette perspective est effrayante à la fois pour les Gabonais qui souffrent depuis longtemps et pour l’image du pays à l’étranger. Car il s’agit d’une femme instable. Les « mauvaises langues » confient volontiers qu’elle a facilement les yeux de Chimène pour les richissimes hommes d’affaires ou les grandes stars qu’elle croise sur son chemin. Après le fils de Dossou Aworet, le Béninois qui gérait le pétrole gabonais sous Omar Bongo, Teodorin Obiang Nguema, Samuel Eto’o Fils, on cite désormais, à tort ou à raison, le milliardaire sénégalais Seydou Kane le nouvel élu de son cœur. Fric mal acquis D’aucuns soupçonnent qu’une grande partie de ses actifs provient de la multiplication de ses relations amoureuses avec des richissimes hommes d’affaires. La fille d’Ali Bongo n’a pas seulement amassé une grande fortune, elle en a canalisé la plus grande partie vers l’Occident. Elle utiliserait des sociétés écrans pour échapper aux lois contre le blanchiment d’argent et envoyer des centaines de millions de FCFA dans des comptes en France et aux Etats-Unis. Tout cet argent lui permet de s’offrir une vie de luxe et de débauche. Comme son père, elle passe son temps en voyage, toujours escortée par des agents de la Garde républicaine (GR) payés par l’Etat. Rares sont ceux qui se souviennent l’avoir vue à l’œuvre même à Akanda où elle est maire

adjointe. « Je ne l’ai jamais vu faire quoi que ce soit qui s’apparente à du travail. Elle passe ses journées entières à dormir, à faire du shopping et à faire la fête », se désole un familier qui a requis l’anonymat, de peur de subir des représailles. Malika Bongo, poudrée, semble belle dans ses tenues. Mais son visage se crispe dans un rictus de haine lorsqu’elle se défoule sur le personnel de la présidence de la République et sur ses domestiques. Elle devient laide, hideuse tant son égoïsme et sa folie la rongent. Entre deux voyages d’appa-

rat, elle reste souvent cloîtrée dans son château quand elle ne va pas faire la baboune tombante chez son père. Ses caprices sont à la hauteur de son fric mal acquis. Au demeurant, Malika Bongo donne des verges pour que la justice la fouette un jour. Combien d’hôpitaux ou d’écoles pouvait-on construire avec les faramineuses sommes qu’elle a déjà dépensées à travers le monde ? Cet argent pouvait bien servir au développement de son pays où bien des personnes croupissent sous le poids de la misère.

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Raymond Ndong Sima accepte bien la lumière mais pas la critique Par Franck Olivier de la Rosière

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’ancien Premier ministre n’a pas gardé le suspense trop longtemps. Piqué au vif par l’analyse d’« Echos du Nord » sur sa nouvelle posture, qui consiste à s’opposer désormais à ceux qui veulent le départ de BOA du pouvoir au nom du respecter de la souveraineté des Gabonais telle qu’elle s’est exprimée le 27 août 2016, Raymond Ndong Sima a eu des mots assez durs, traitanttous ceux qui se sont étonnés de sa sortie de « crétins ». L’homme a un trait de caractère admirable : il aime bien se faire «

encenser », mais ne supporte ni la contradiction, ni la critique. Il semble considérer qu’il jouit, au titre des Saints Pères, du dogme de « l’infaillibilité des papes ». Encore faut-il pour cela que son parcours public témoigne en sa faveur. Le jeune économiste de talent a été appelé par le gouvernement gabonais pour redresser les entreprises en difficultés au début des années 1980. Aucune d’elles n’a été sauvée. Malgré les milliards d’argent public injectés par l’Etat dans ces opérations. Ailleurs, lorsqu’un manager prend en main un canard boiteux, c’est pour le redresser et en faire le champion de demain.

Raymond Ndong Sima a plutôt pris ces entreprises pour les conduire tout doucement à la faillite etla liquidation s’en est suivie. Un esprit modeste aurait sans aucun doute reconnu cet échec. Pas le brillantissime Ndong Sima. L’homme est ensuite venu prendre les rênes de la société Hévegab. De nombreux audits de la Banque africaine de développement (Bad) sur la gestion de cette entreprise ont dénoncé « l’affairisme des cadres d’Hévégab ». En langage clair, ceux-ci, au lieu de développer le projet, profitaient du projet pour faire fructifier leurs propres affaires. Cela s’appelle «

prise illégale d’intérêts ». Un manager aussi brillantne peut pas laisser s’installer dans sa société un tel terreau de corruption et de détournement de fonds sans réagir. On espère pour Raymond Ndong Sima qu’il l’a fait avec vigueur. Au-delà du brillant parcours économique, l’homme s’est engagé très tôt en politique. C’est un monde où la loyauté et la fidélité doivent guider le comportement des acteurs. Candidat indépendant à la mairie d’Oyem au début des années 2000, Raymond Ndong Sima a été aperçu au palais de la présidence de la République en présence

Qui est-il ? Il suffit de chercher dans la liste des anciens Premiers ministres de ces deux dernières décennies. Il s’agit certainement du plus insignifiant et du plus instable. Par Ramses Frank

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ur quoi attend-on les hommes politiques, les vrais ? Sur leur constance et la régularité de leurs positions. C’est parfois et très souvent loin des convictions. Car il faut dissocier les convictions des caprices du sexagénaire, qui puisent dans des réminiscences d’une enfance mal vécue. Au gré des humeurs, on multiplie des volte-face, et très souvent la ligne constante qu’on prétend avoir n’en est pas une, mais une somme d’alibis camouflés parce que reposant sur un socle de chantages. Qui est-il ?Un politicien par défaut. La politique est faite pour tout le monde. Il est bien que tous s’y intéressent, car nul ne doit, soit volontairement ou involontairement, s’en exclure. C’est le domaine du processus de décision dans un Etat. Seulement, tout le monde n’a pas vocation à devenir un homme politique et l’assumer. Cela demande humilité et abnégation. Altruisme. Et l’engagement en politique aura certes beau être une affaire d’intérêt,faut-il encore comprendre qu’il s’agit non pas de ses intérêts personnels seuls, mais des intérêts du groupe. On a vu de nombreuses personnes se lancer sur la ligne de départ pour la présidentielle en 2016. Mais combien étaientellesà avoir mesurécette ambition à l’aune de leurs

capacités réelles. L’on entend par là la préparation, la mobilisation des moyens, la capacité de mobilisation des masses populaires qui se traduit par l’ancrage national. Nous doutons que l’homme dont il est question ici ait fait à la fois ce travail et cette analyse préalables. On peut avoir la meilleure vision du pays et ne pas être en mesure de la faire partager. Car toute vision ne prospère que lorsqu’elle est partagée. On a cependant entendu en un lieu cet homme politique avancer qu’il se présentait non pas pour gagner, mais parce qu’il avait des comptes à régler au candidat du PDG. Dès lors, les objectifs qu’il se fixait n’avaient rien à voir avec le bien-être du peuple gabonais. Voilà pourquoi, sans fioritures, il peut se permettre des propos réducteurs et dénigrants à l’endroitdece peuple. Des jeunes y sont par exemple « des drogués ». C’est dire. Ainsi l’on comprend que cette attitude avait au bout le marchandage qu’on veut justifier par la constance. En fait, il n’est ici question que de la seule constance des mots. Tandis que les comportements se vautrent dans la compromission et la trahison.C’est regrettable de le dire, cet homme n’a qu’une obsession : luimême. Sa frilosité en est un marqueur. On n’est jamais seul dans le paquebot de la politique. Encore faut-il éviter

aussi de se placer sur un nuage. Et croire qu’on y aura les pieds solidement enracinés. En politique, on impulse une dynamique qui fait que le groupe se meuve. Cela se traduit par l’adhésion du plus grand nombre au projet qu’on propose. Lorsque, à une élection présidentielle comme celle qui vient de se dérouler, l’on a été incapable de vendre son projet, et constituer une majorité d’adhésion à celui-ci, cela voudrait simplement dire qu’on est incapable d’impulser une dynamique. Que son projet n’était pas le bon à cette occasion précise. Et qu’il faut le repenser. A ce moment-là, il faut avoir l’humilité de reconnaître son échec. Etre humble en se soumettant à une introspection et plus tard à sonautocritique. Inutile de rechercher le bouc émissaire dans ce que ce cher politicien a appelé « la meute », terme dont lui et ses factotums usent pour qualifier ceux du peuple, la majorité, qui ont choisi le projet de Jean Ping plutôt que le sien. Jean Ping a remporté cette élection à une écrasante majorité et dans la clarté. Nous défions ici cet homme à l’ego démesuré, candidatà ladite élection, de nous démontrer le contraire. Pour avoir été acteur de cette élection, il a des procès-verbaux sortis des urnes,puisqu’on suppose qu’il avait des scrutateurs dans la plupart de 2500 bureaux de vote dissémi-

nés sur l’étendue du territoire. Qu’il les sorte pour qu’on les confronte avec ceux détenus par le camp de Jean Ping, ainsi que ceux détenus par la mission d’observation de l’Union européenne, pour qu’on décèle ensemble les points de fraude orchestrés par Jean Ping, selon lui. Car toute la question réelle est sur le résultat de cette élection. Tout autre débat n’est que vaine masturbation intellectuelle. On aura beau user ses doigts sur des claviers d’ordinateurs ; pondre les plus beaux mots. Faire de l’activisme de bas de gamme sur les réseaux sociaux ; encore faudraitil que toute la prose qui y est déversée soit digeste. Le fond du débat est le résultat issu de cette élection pour laquelle Marc OnaEssangui s’investit, à son niveau, pour que, comme le souligne si bien Jean de Dieu MoukagniIwangou, « le vice ne l’emporte pas sur la vertu ». La politique s’accommode très mal du nombrilisme, de la fébrilité, de la frilosité et de l’inconsistance. En politique, il faut avoir le courage d’assumer ses échecs. Trouver la faute dans la « meute » est une fuite en avant. L’invective en est une autre. C’est ce courage qui manque aussi à cet homme. L’on aura jamais de cesse de le relever.Tout comme « Echos du Nord » n’aura jamais de cesse de relever ses contradictions personnelles.

de tout le gotha politique d’Oyem appartenant au PDG. L’objectif était de trouver un deal devant Omar Bongo pour que les 4 conseillers que sa liste avaitobtenus votent en faveur du PDG lors de l’élection du maire central. Cetarrangement sur le dos des électeurs qui ont cru en lui et qui n’ont pas fait le choix du PDG est une trahison. Tout analyste politique sérieux se doit de le relever, pour que les électeurs, à l’avenir, sachent que Raymond Ndong Sima est « le cheval de Troie » qui agit en faveur du PDG. En 2009, Raymond Ndong Sima n’a pas participé à la campagne électorale. Il a été nommé, à la surprise générale, ministre de BOA. Cela avait le mérite de la clarté. C’est-à-dire qu’enfin, cet homme avait fait le choix d’un camp. Il poursuivra cet ancrage dans le giron de BOA en prenant la carte du PDG. Une affaire qui a été apparemment négociée dans l’avion qui conduisait BOA à Rome et dans lequel se trouvait Raymond Ndong Sima.Il deviendra par la suite Premier ministre de BOA. Rien d’anormal à cela. Là où le bât blesse, c’est qu’après avoir été démis de ses fonctions de Premier ministre, l’homme s’est mis à cartonner le PDG. Il en démissionnera avec fracas pour regagner les rangs de l’opposition. Avant de se présenterà l’élection présidentielle de 2016. Il a participé avec d’autres à la tentative d’empêcher BOA de se présenter. Au moment crucial de faire le choix d’un candidat unique, Raymond Ndong Sima, « pas d’accord avec la

méthode », maintiendra sa candidature.Dès cet instant, l’adversaire n’était plus BOA qui a géré sans respecter la loi fondamentale, comme il l’a écrit dans ses essais publiés avant l’élection, mais le candidat unique de l’opposition, Jean Ping. Le mal n’était plus BOA qui a massacré des jeunes gabonais pour parvenir à ses fins. Mais ceux « qui ont parié sur un nombre élevé de morts pour faire intervenir la communauté internationale ». Le mal désormais, ce n’est plus ceux qui gouvernent de manière chaotique le pays, mais ceux qui aspirent à le faire, car revêtus de la légitimité des urnes. Le mal, c’est désormais ceux qui ont bénéficié des « largesses d’Omar Bongo Ondimba », oubliant que lui-même en a également bénéficié. Mais contrairement à lui, ils militent pour le départ de BOA du pouvoir. Un tel comportement politique n’est pas conforme dans une démocratie moderne. Il présente une image détestable des politiques plus proches de leurs propres intérêts que du peuple. Raymond Ndong Sima ne peut s’en prendre autant aux adversaires déterminés de BOA jusqu’à qualifier les jeunes qui défient le pouvoir dans la rue de « drogués »pour rien. C’est cette attitude de duperie, faire croire au peuple que l’on est de son côté alors qu’on dîne avec l’oppresseur, que le « crétin » « Echos du Nord » a dénoncée. Il continuera à le dénoncer pour démasquer tous les politiques qui voudraient s’essayer au même double langage. Que cela plaise ou pas.

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Les femmes de l'Union nationale vers plus de détermination et d'engagement Par Sophie Beuve Mery

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’est à Ntoum que les femmes de l'Union nationale (UN), en présence du président du parti, Zacharie Myboto, se sont réunies pour célébrer la journée nationale de la femme la semaine dernière. Sur le thème « La femme gabonaise face à la crise postélectorale ». Elles ont, avant toute chose, tenu à rendre hommage à la première femme membre du gouvernement : Marlyse Issembe, par la suite bâtonnier du barreau du Gabon. Ainsi, ne voulant pas rester en marge de cette journée, les femmes de l’UN sont allées sensibiliser la gente féminine sur la notion d'engagement et de responsabilité. « Nous avons constaté qu'elles sont peu nombreuse à se lancer en politique, alors même que notre parti préfère la discrimination positive des quotas, l'égal accès aux cercles de décision notre stratégie est de soutenir les femmes volontaires pour une carrière poli-

tique. » une invite leur a été faite a se lancer davantage sur ce qui concerne le bien vivre de la société. Il n’est plus question pour la femme de se sentir en marge de ce qui concerne la politique de son pays, au contraire, son implication doit être massive afin de remettre les choses sur les rails. C’est l’essentiel du message qui leur a été livré. Aussi, comme le sceau de la « maternité allaitant », la femme doit être considérée comme cette mère qui nourrit ses enfants, les protège, les soigne, les éduque et veille a leur bonheur. Comme une République, elle doit s’intéresser aux notions de justice, d’équité, d’égalité, de cohésion sociale et du bien-être de tous. Ainsi, face à cette crise qui sévit le pays, loin de rester en marge, la femme soit se mettre aux devant de la scène pour décrier, dénoncer les injustices. Aussi, après avoir constaté la femme peine a occuper la place qui est la sienne, celles de l'Union nationale sont

allées exhorter ces dernières a plus de responsabilité et d'engagement. « Il est plus qu'urgent que la femme joue son rôle de protectrice et de sentinelle du bonheur de tous. Cela ne sera possible que si elle pousse un cri d'alarme pour interpeller vigoureusement la population » a martelé Flavienne Adiahenot. C’est la femme qui est ici inter-

pellée à faire resurgir sa véritable identité de mère, ou de compagne. Pour ce faire, elle doit savoir prendre position face à la désinvolture et l'irresponsabilité affichée par une certaine frange de la population. Elle doit se lever pour dénoncer les dangers pouvant émaner d'une désinvolture. « La femme gabonaise doit affronter cette réalité

avec courage, détermination et avec dignité. Nous ne devons plus jamais renoncer à ce en quoi nous croyons, pour préserver ou sauver une relation qui nierait notre engagement citoyen et a la fin nos convictions. De même, et avec la même force de conviction, la femme gabonaise ne doit pas ressembler a l’amie des jours heureux.

L’engagement politique de nos compagnons qui se battent pour la libération de notre pays a besoin de tout notre soutien. Nous devons nous hisser a la hauteur de l’engagement de nos hommes et leur demander à eux aussi de se hisser a la hauteur de l’engagement pour la libération de notre pays » a conclu Flavienne Adiahenot

Scandale

Prix Import au cœur d’un réseau de blanchiment d’argent et encaissables en France ou Monaco, Prix Import remet automatiquement aux émetteurs des chèques l’équivalent des euros en CFA en espèces, permettant d’échapper ainsi à la règle de non convertibilité du CFA, supervisée par la Banque de France. Le montant blanchi mensuellement par Prix Import est colossal.

Par Kake Nenda

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a société Prix Import, contrôlée à 100 % par Bernard Azzi et son épouse Michèle, est l’agent au Gabon de l’Oréal, Unilever, Diageo, Elle et Vire et d’autres entreprises alimentaires. Les achats de Prix Import se font souvent par l’intermédiaire des sociétés Oriot Service Export S.A.R.L. et SOFRADIS S.A., toutes deux localisées dans la Gironde. D’après nos investigations, Bernard Azzi a mis en place, par le biais de ces entités, une centrale d’achats officieuse en France. Pierre Oriot et Jean Azzi, fils de Bernard Azzi, sont co-gérants d’Oriot Service Export S.A.R.L. Les fonds qui leur sont versés proviennent des comptes de Prix Import servant au blanchiment d'argent. Pierre Oriot est un ancien employé de SOFRADIS et il a monté

Oriot Service Export avec Bernard Azzi. Il est donc fort probable que certaines irrégularités soient observables sur les transactions entre Prix Import et Oriot Service Export. Le directeur financier de Prix Import au Gabon est également un ancien de

SOFRADIS. Encore une fois, ce blanchiment d'argent constitue avant tout une fraude à la législation sur le change du Franc CFA dont la parité avec l’euro est garantie par le Trésor Public en France. La convertibilité du franc CFA à l'euro reste garan-

tie par la France, mais les opérations de conversion en espèces ne sont plus libres depuis septembre 1993, les guichets de la Banque de France n’acceptant plus d’échanger des CFA contre des euros. En contrepartie de chèques libellés en euros

D E C O R U M MAFIEUX. Bernard Azzi a pour nom au Gabon Bernard Oyiba Azzi et au Liban Ibrahim Azzi. Il dispose de trois nationalités : française, gabonaise et libanaise. Son protecteur est JeanPierre Oyiba, qui a été mis en examen lors du scandale de la BEAC, pour des motifs à peu près similaires à ceux qui sont aujourd'hui reprochables à Bernard Azzi. Il est probable que l'argent de ces comptes nonrésidents Prix Import ait servi et serve encore à

l'acquisition de biens pouvant être qualifiés de "mal acquis" pour JeanPierre Oyiba et Daniel Lekogo, ancien directeur des révisions fiscales nationales au Gabon, qui était grassement payé par Bernard Azzi en France pour éviter que Prix Import ne soit soumis à de vrais contrôles fiscaux. Le compte Prix Import Audi Sarradar Paris ne sert qu'à très peu de transactions. Bernard Azzi a donné à ses deux enfants la somme de 800 000 € en 2012. Ces transactions sont passées par le compte Audi Sarradar. Dans ce décorum mafieux, un certain Claude Hurteaux certifie les comptes alors qu’il n’a pas l’agrément de la Cemac. Et comme par hasard, c’est l’expertcomptable commissaire aux comptes d’Azzi et de Seydou Kane, qui valide tous les faux comptes alors qu’il n’en a pas le droit. Il a recours à un faux cabinet français.

poLITIqUe

ECHOS DU NORD N°436 du Mercredi 26 Avril 2017

L’eDIToRIAL d’OYEASSEKO

L’opération BOA-Mamba

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e pays est bien stable, selon l’épître de l’ancien prédicateur de la chapelle Ephésien IV, Billie By Nze AC. Stable parce que l’opération Mamba se poursuit. Stable parce qu’elle est en train de régler des comptes à toute la cohorte de renégats qui ont eu la mauvaise fortune de se servir au-delà de ce que BOA a permis. Et ce que BOA a permis était de mettre sur le chèque en blanc qu’il avait douillettement signé à Maixent Accrombessi, d’y apposer à sa guise le montant qu’il souhaitait. Une histoire qui ressemble un peu à une autre qui, dit-on, a ruiné un notable du régime d’Omar Bongo Ondimba. Passons. Accrombessi et ses boys vont donc procéder à user des largesses que le résident du bord de mer leur avait faites. Ils se sont alors servis. Pouvait-il en être autrement ? C’est quand la caisse a été totalement vide et que BOA avait besoin de financer sa campagne à l’américaine et autres gâteries qu’il se rendra compte que la caisse était vide. A beau racler le fond, plus la moindre pièce n’était perceptible. Courroucé, c’est les mains sur la tête et la colère dans la panse qu’il jurera non plus de s’attaquer aux caciques, mais aux Acrrombessiboys. Cela va se résumer aux arrestations en série chez les émergents : Ngambia, Ngoubou, Capito et récemment le directeur général de la Marine marchande, Léon Ndong Ntem, qui vient d’être écroué à son tour. Ce n’est pas tout. Quelques hauts cadres de l’administration centrale sont privés de la liberté de mouvements. Soupçonnés de détournements dedeniers publics. Pourquoi cette opération pèche-t-elle ? Parce qu’elle ne touche pas tous les pans du système instauré depuis 2009 par le même BOA. Autour de lui, à commencer par son Premier ministre, puis un certain Onanga Y’obegue à qui BOA ne pose pas une question simple : avec quel argent il a construit sa chaîne de résidences de luxe avec équipements compris, ajoutées à des parcs automobiles qui froissent le bon sens. Lorsqu’on dénonçait tout dernièrement des faits de mouvements financiers vers des paradis fiscaux dans l’entourage immédiat de Billie By Nze, un autre mogabiste convaincu, et que des dénonciations avérées ont été opérées sur une soustraction des caisses publiques d’un montant de 400 millions de FCFA, BOA fait mine de normalisation. Mais la crédibilité du Mamba ne se vérifiera que s’il pique tout mollet de façon très équitable. Autour de BOA, c’est une pourriture étouffante, mais le Mamba a la consigne de ne pas s’y attarder. Que cache réellement Mamba ? Une mission donnée aux amis de BOA pour saisir toutes les personnes qui ne sont plus en odeur de sainteté ou qui sont en rupture de banc avec lui. BOA ne fait rien d’autre que de noyer ses turpitudes pour redorer son blason. Les détournements à haute échelle, les malversations, sont légion au sommet de l’Etat, mais ils ne seront jamais passés au scalpel. Le Trésor public doit, en effet, expliquer pourquoi pendant plusieurs années, un salaire de 300 millions de CFA a été versé à une personnalité de la présidence de la République. Quel tâche hors du commun accomplissait-elle ? C’est toute cette atmosphère qui enlaidit la nation que le chef de la junte veut réellement voiler. Est-ce pour camoufler ces scandales qui ont eu comme conséquence la hausse inexpliquée de la masse salariale ? Celle-ci est passée du jour au lendemain d’environ 280 milliards de FCFA l’an à plus de 800 milliards de FCFA. Au cours des sept dernières années, BOA a inversé la courbe de l’enrichissement par des facilitations à sa horde d’amis. Les caisses de l’Etat étant désormais exsangues, il a besoin de crédibiliser ses emprunts auprès des bailleurs de fonds, ce qui correspond à l’alourdissement de la dette extérieure. Mais BOA n’en a cure. L’avenir est là pour rembourser. BOA invente Mamba non pas parce qu’il est scandalisé par ce que des personnes ont pressé l’Etat, non. BOA a démontré de tout temps qu’il n’a pas à se soucier du bien-être des Gabonais. Ce ne sont que ses sujets. Mais il se soucie de son bien-être. Il n’est pas question que lui, BOA, se prive de ses villégiatures, qu’il a repris de plus belle depuis une certaine période. Il n’a plus le « Triple Seven » (Boeing 777) ? Pas de problème. Le Gulftream 650, du reste plus rapide, fera l’affaire. BOA peut quitter Libreville à 14 heures, rencontrer son dentiste à Londres même dans la soirée à 20 heures, se rendre au resto à Saragosse, reprendre son jet à minuit et être à Libreville au petit matin. Il fera ensuite semblant d’aller bosser. Et plus tard se relancer pour une autre petite visite dans un autre coin du monde. BOA ne digère pas que quelques personnes de sa cour à qui il a remis les clés de la caisse de l’Etat, sa casquette personnelle, s’amuse avec. Il faut qu’il récupère son fric pour ses escapades. Voilà tout le jeu du Mamba.

ECHOS DU NORD

Directeur de la Publication par Intérim Raissa Oyeasseko Tel: 05.02.50.73 Tel: 05.54.40.46 Directeur de la rédaction délégué MIHINDOU BISSIELOU Rédacteur en Chef éditorial Jean Michel Sylvain: Mail, [email protected] gmail.com

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A propos des plans de Jean Ping Stephen Jean Landry

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ean Ping fait,ces temps-ci, l’objet de toutes les accusations de la part des déserteurs qui se sont réfugiés au dialogue de BOA. Ces derniers, via leur tapageuse presse de prédilection bien connue, s’en prennent au président élu pour lui reprocher de ne pas avoir de plan B. C’est vrai que les choses étaient plus rudimentaires pour nos renégats : plan A, Jean Ping, plan B, retour chez BOA au cas où Jean Ping n’arriverait pas au bord de mer. Apparemment, ils n’avaient pas d’autre plan. Ils l’eussent appliqué, sinon. Leur dialogue qu’ils appellent négociation avec grandiloquence, mais qui n’est que le fruit de leurretraite et reddition, est leur seul plan B. Quant à Jean Ping, de manière évidente, le plan A fut sa décision d’affronter BOA à l’élection présidentielle de 2016 et de le battre. La preuve que c’était bien son plan A, c’est la naissance des divergences qui ont, en 2015, fracassé le Front de l’opposition pour l’alternance sur les récifs de la tranchante question de la participation ou non à un scrutin sans garanties de transparence. En entamant sa tournée nationale pour aller à la rencontre des populations et des électeurs, en organisant des brigades anti-fraude, en faisant tout pour que l’unité de l’opposition se réalise le 16 août 2016 à Nkembo, Jean Ping déployait là son plan A sur l’ensemble du territoire. L’organisation de ce plan A a abouti à sa victoire dans les urnes. La mobilisation de la communauté internationale est le plan B. S’il y a un domaine où Jean Ping a apporté et bénéficié d’un plus, c’est l’appui franc et massif de la communauté internationale. Contrairement à Paul MbaAbessole, Pierre Mamboundou, et André Mba Obame qui ne devaient se contenter que la seule voix de la françafrique. Jamais auparavant, le monde n’avait assisté en direct, participé de manière aussi prégnante, en s’impliquant au vu et au su de tous comme l’a fait l’Union européenne dans une totale impartialité. Du jamais vu, au Gabon. Le rapport de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne et les résolutions du Parlement européen en font foi, qui sont de grandes premières dans un pays où, habituellement, dès que Paris avait adressé ses félicitations à un Bongo, juste après des résultats toujours tronqués, et bien avant les théâtrales proclamations approbatrices de la Cour de Pise, c’était, dans le monde entier, motus et bouche cousue, comme ces trois singes qui ne veulent rien dire, rien entendre, ni rien voir. Mais, cette année 2016, même François Fillon et Nicolas Sarkozy n’ont pas hésité à émettre des doutes officiels sur la sincérité des résultats proclamés par la Cenap et le ministère de l’Intérieur. Jusqu’à recommander le recomptage des votes. Nous faisons particulièrement référence à ces deux-là vu leur proximité Grand Reporter Prince Villa Coordinateur Pierre Durand Analystes: Ramses Frank / SYA/Arthur Page / Zang Memine Journalistes : Fam Kesley / Henri Gauthier / Sophie Beuve Mery / Ledivin /Stephen Jean Landry / Kake Nenda

avec les réseaux françafricains. Malgré la victoire réelle de Jean Ping dans les urnes et la prise en flagrant délit de falsificationdes résultats par les sbires du pouvoir, BOA s’est finalement imposé par la force des armes. Le processus électoral pacifique a étébrutalement stoppé par les escadrons de la mort au service de la junte gabonaise. Le « candidat » Ali Bongo n’était pas, en fait, un candidat au sens précis du terme. Il n’est qu’un arbre qui cache – mal d’ailleurs – le système Bongo. N’est-ce pas pour cela que, très vite, la comédie électorale terminée, les masques sont tombés pour laisser éclater la vérité.Le « candidat » Ali Bongo n’estpas, en fait, un candidat. C’est le représentant d’un système vieux de 50 ans. De temps en temps, il prend les formes trompeuses d’un candidat, d’un républicain, d’un démocrate, d’un partisan de l’économie libérale, etc. Alors qu’il n’est rien de tout ça. Il s’agit d’un despote, émergent en paroles, mais rétrograde dans les faits. Si, en sept ans, BOA avait maîtrisé la dette gabonaise qui s’est emballée, dès 2009, pour caracoler, aujourd’hui à plus de 40% du PIB; si BOA pouvait nous en mettre plein la vue avec toutes les réalisations induites parendettement multiplié par 2 ; si BOA avait pu construire ces 5000 logements par an, ces 400 salles de classe ; si BOA avait pu régler la question des bassins versants ; s’il avait réformé la fonction publique… S’il avait fait tout ce qu’il a dit qu’il devait faire, peut-être bien que les Gabonais auraient été indulgents à son endroit.Mais sa nature sociale ne lui permet pas. Il n’est pas seulement un produit du système, il en est le principal représentant. Ce qui signifie que, pour lui, tant que l’Etat est un facteur d’enrichissement, d’accumulation primitive, il ne saurait quitter sa position de monarque. Après avoir accompli les plans A et B, Jean Ping s’est retrouvé très rapidement face aux « régiments » du système Bongo: son administration,son judiciaireet sa puissance de feu derrière lesquels, boucliers de fait, a rapidement « disparu » le « candidat » Ali Bongo qui, l’expérience vient de nous le démontrer une fois de plus, n’est désarçonnable que si l’on touche au système luimême.L’élection, au Gabon, est un leurre. Les déserteurs, eux, ont préféré aller à Canossa. Là était leur plan B. La retraite et la reddition. Ils n’ont jamais envisagé que, face au système, et aux côtés du peuple, le temps était venu de s’organiser encore plus efficacement plutôt que de donner l’impression aux Gabonais que finalement les Bongo sont invincibles.

Contribution spéciale : Pierre Durand / PLO / Gill Lawson Impression : MULTIPRESS Distribution : SOGAPRESS Tirage : 20.000 ex. D.L.B.N N°2359/11/2016

SoCIeTe

ECHOS DU NORD N°436 du Mercredi 26 Avril 2017

L’administration au bord de la paralysie

Les agents du ministère de l’Économie en grève générale illimité… Par Aria Starck

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e collectif des syndicats du 2e groupe des administrations assimilées du ministère de l’Économie, de la Prospection et de la Programmation du Développement durable a annoncé le lancement d’un mouvement de grève générale illimitée à compter du 25 avril, suite à la nonsatisfaction de ses revendications. La décision est consignée dans le procès-verbal livré au terme de l’assemblée générale conjointe de la veille, lundi 24. L’expression « agents du

ministère de l’Économie » comprend, entre autres, les agents de la direction générale de la concurrence et de la consommation, ceux de la direction générale de la detteet ceux de la direction générale de l’Économie et de la politique fiscale. Chaque entité est affiliée à un syndicat. C’est à cause de l’indifférence totale affichée par la direction générale du ministère, au terme du préavis de grève déposé le 12 avril 2017, que tout ce beau monde a décidé de passer à la vitesse supérieure. Des arriérés de primesde plus de deux mois, la régularisation des situations administratives de

plusieurs agents, la suppression de la décote. Autant de revendications qui ont pousséces fonctionnaires à durcir le ton. Le bureau du collectif a tenu à informer l’ensemble du personnel de l’issue de la rencontre avec le secrétaire général adjoint du ministère de l’Économisée concernant le cahier de revendications. Cet interlocuteur a été jugé évasif dans son engagement à résoudre les problèmes soulevés. Il a seulement promis d’«instruire les responsables des ressources humaines des différentes directions (…) afin d’identifier la situation de chaque agent» et d’y remédier,

souligne le procès-verbal. Alors que « les autorités ministérielles sont demeurées les mêmes et les problèmes ne leur sont pas inconnus ». Les agents du ministère de l’Economie ontdécidé «un mouvement de grève illimité, avec service minimum allant de 7 heures 30 mn à 10 heures ce à compter de ce mardi 25 avril 2017». Ne comprenant pas pourquoi des milliards de FCFA peuvent servir à organiser de multiples distractions, alors que le gouvernement peine à résoudre les problèmes qui minent la quasitotalité des ministères, ces fonctionnaires ont promis de tenir ferme.

…du Budget en piquet pour une semaine… Par NedjmaleMonde

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ace au mutisme de la tutelle devant leur cahier de revendications, les fonctionnaires du ministère du Budget et de la dépense ont, à l’issue d’une assemblé générale lundi, décidé d’une grève d’avertissement d’une semaine qui a pris effet hier. Comme pour les autres régies financières en ébullition depuis des semaines, les arriérées de primes sont à l’origine de la grogne. Ici, on totalise quatre mois d’impayés. La tutelle répondait au début que les primes seraient payées de façon variable, selon le flux financier. Or, les agents affirment qu’il y a bien un surplus depuis plusieurs mois, qui pourrait servir à éponger la dette. Mais rien n’est fait par la tutelle pour donner satisfaction au personnel. Les bruits de couloir ne manquent jamais.

D’aucuns voient une main noire dans le mutisme de la tutelle. La

secrétaire générale du ministère refuserait de donner son accord pour le

paiement des primes. Selon le haut fonctionnaire, les primes ne peuvent pas leur être reversées dans la mesure où la tutelle estime que ces mois sont considérés comme non ouvrés, à cause de la période post électorale. Parvenu aux oreilles des agents publics, l’argument a été jugé spécieux et de très mauvaise foi. Le personnel affirme que durant les mois en question, notamment septembre, octobre et novembre, il a effectivement travaillé. En tant que régie financière, ce sont eux qui font entrer l’argent, sinon comment y aurait-il eu un surplus? Dans tous les cas, la tutelle a une semaine pour réagir et donner pleine satisfaction aux agents. Pour l’heure, les grévistes assurent un service minimum, conformément à la loi, de 7h 30 à 10 heures. Un piquet de grève est observé dans l’enceinte dudit ministère.

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…et ceux des impôts durcissent leur mouvement

Par AS

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e préavis de grève déposé le 11 avril auprès de la direction générale des impôts ayant expiré, les agents ont décidé, lors de l’assemblée généraledu 24, de déclencher une grève générale illimité, c’est-à-dire jusqu’à satisfaction totale de leurs revendications. Le durcissement du mouvement tient au mutisme dans lequel s’est enfermée la hiérarchie. C’est ce qui ressort de la rencontre de l’intersyndicale composé du Syndicat national des agents des impôts (Synai) et du syndicat national des agents de l’administration fiscale (Synnaf) lundi dernier à Libreville, à l’effet de faire le point quant aux avancées après le dépôt de leur préavis de grève. Ces agents publics revendiquent la prise en compte, pour le paiement des primes, de leurs collègues qui viennent d’être recrutés, conformément à l’article 117 du statut général de la Fonction publique, et la revalorisation du bonus performance à 100 %, le remboursement de 10 % du bonus performance indûment ponctionné depuis janvier 2016 (soit 15 mois). Mais aussi l’organisation du concours d’entrée à l’EPCA (Ecole de préparation aux carrières administratives), le renouvellement immédiat de l’assurance maladie complémentaire ACR, le paiement immédiat de la totalité des arriérés de primes, l’amélioration des situations administratives de certains agents, l’intégration des agents à la Fonction publique, la titularisation, le reclassement et l’avancement. Ce nouveau mouvement de grève vient confirmer les difficultés que traverse la régie financière. Certains agents pointent du doigt le directeur général (DG), qui ne sait, selon eux, distinguer l’entreprise publique du bien privé. Joël Ogouma aurait déjà battu le record de longévité à ce poste. Il est resté jusqu’à ce jour complétement indifférent aux doléances de ses collaborateurs. Les agents décrient de même les conditions lamentables de travail dans lesquels le DG a mis le personnel, qui manque de matériel pour accomplir ses différentes missions. : « Pour vous est-il normal que les agents n’aient pas accès à internet et n’aient même pas de téléphone de service pour travailler alors que Joël Ogouma passe son temps à s’acheter des véhicules haut de gamme sans nous assurer le strict minimum ? », a lancé un syndicaliste. Pour montrer leur volonté à ne point fléchir, les secrétaires généraux de l’intersyndicale, Jophet Djila Mayombo (Synnaf) et Annick Mendzang M’Ondo, (Synai), ont délivré un communiqué à l’endroit des opérateurs économiques et des usagers pour les informer de l’organisation du service minimum. Le service minimum n’est valable que pour les services d’assiettes et de contrôle. Les services d’assiettes concernent seulement la réception des contribuables, la réception des déclarations et la mise à jour des dossiers fiscaux. Pour les services de contrôles, les agents n'exécuteront que les dépôts d’avis de contrôles sur place, les premières interventions et la réception et le traitement des correspondances des contribuables.

eCoNoMIe

ECHOS DU NORD N°436 du Mercredi 26 Avril 2017

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Entreprise

L’ancien ministre et homme d’affaires Andrew Crépin Gwodock épinglé à Paris avec 30 millions de FCFA en liquide Par Arthur Page

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’administrateur directeur général (ADG) de la Société commerciale gabonaise de réassurance (SCG-Ré), le très sémillant Andrew Crépin Gwodock, a été arrêté le 14 avril par les douaniers de l’aéroport parisien de Roissy avec la somme de 45000 euros (29 518 065 FCFA) en liquide. L’homme, habitué des voyages en France et de surcroît un intervenant majeur en qualité de réassureur dans les circuits financiers internationaux, ne pouvait ignorer que la France n’autorise chaque personne qui entre sur son territoire àne disposer, comme argent liquide, que de la somme de 10000 euros (6 559 570 FCFA). C’est dire si les doua-

niers de Roissy n’ont pas fait beaucoup d’effort pour constater que cet argent trimballé de la sorte ne pouvait qu’être que de l’argent sale. L’ancien ministre de BOA, grand ami du beau-père du même BOA, sieur Valentin, frère de Sylvia Bongo, a aussitôt demandé à sa société à Libreville de lui bricoler des justificatifs. Vite fait bien fait, tant Andrew Crépin Gwodock règne en maître absolu sur cette société, publique, faut-il le rappeler. Mais l’homme se comporte comme si l’entreprise était la sienne. Il n’hésite pas à l’engager dans des opérations très éloignées de l’activité de réassurance, notamment à Mitzic, sa ville d’origine, où il est très actif sur le terrain politique. Selon nos informations, l’ADG utilise les fonds de la

société pour financer ses activités politiques. Un forfait que l’on pourrait qualifier de de biens détournement

sociaux. Naturellement, personne au sein de la junte n’ose stopper de telles dérives qui peuvent à terme couler l’en-

treprise. Ainsi, assure une source au fait du dossier, Gwodock prend 30 millions de FCFA tous les vendredis au titre frais de mission imputés à la rubrique « frais généraux » de l’entreprise. Cet argent lui sert à aller mener des opérations politiques dans sa bourgade de Viafe, non loin de Lalara (Mitzic). A ce traitement princier, il faut ajouter des émoluments mensuels de près 10 millions que lui verse la boite. Le plus grand coup financier d’Andrew Crépin Gwodock aura été la construction de maisons en bois dans son village. Selon une source sûre, l’homme a réussi à obtenir 600 millions de FCFA de son entreprise pour cette opération au titre de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE). Sauf que l’entreprise

qui a construit lesdites maisons avait elle-même financé l’opération à partir de son propre budget RSE. Cela veut dire qu’elle n’avait nullement besoin du concours financier du sieur Gwodock. Il faut espérer pour la SCG-Ré qu’elle retrouvera ses 600 millions, car n’ayant pas servi à l’opération. Andrew Crépin Gwodock agit en électron libre. Fort de ses entrées dans les familles Valentin et BOA. Pendant ce temps, la compagnie prend de grands risques dans un domaine où les marges ne sont pas si élevées que cela et où les dépenses peuvent exploser en cas de sinistre. Naturellement, le Mamba ne peut pas se rapprocher de cette personne, au risque de voir sa tête tranchée. Affaire à suivre.

Agriculture

Baisse des réserves de change

Un Fonds national agricole pour quoi faire encore ?

L’investissement et la consommation risquent d’en pâtir Par Jean Michel Sylvain

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Par JMS

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a junte militaro-fasciste annonce la création d’un Fonds national pour soutenir l’agriculture. Mais un tel projet risque, malheureusement, de rester lettre morte. Le putschiste en charge de l’Agriculture, Yves Fernand Manfoumbi (Manf 10), ayant décidé de faire de « l’agriculture spectacle », sans avoir le souci d’aller au fond d’aucun dossier. D’ailleurs, l’as de la danse Ikoukou a-t-il seulement la capacité de conduire un tel programme ? L’annonce de la mise en place de ce fonds national agricole aurait été prise au sérieux si plusieurs autres détails étaient mis en avant. Manf 10 n’a indiqué ni le montant que devra contenir ce fonds, ni son mode de financement. Or, c’est le b.a. ba en matière de création d’un fonds pour soutenir tel ou tel secteur. D’ailleurs, la junte elle-même s’était pliée à cette discipline en annonçant, en 2010, la création d’un fonds forestier national, qui visait à soutenir les industriels du bois pour faire face à la mesure d’arrêt d’importation des bois en grumes décrétée par BOA. Elle avait indiqué que ce fonds bénéficierait d’une subvention publique de 20 milliards de FCFA. Malheureusement pour les forestiers, la junte se trouvera incapable de mobiliser ladite somme. Ce qui fait que le

fonds forestier n’a de fonds que le nom. Alors que, dans le cas du Fonds national agricole, il n’y a aucune indication sur son montant, ni sur son financement. Cela voudrait dire que passer le cadre du symposium qui l’a décidé le 10 février 2017, ce fonds n’a aucune chance de devenir réalité. Et l’ambition d’en faire le moteur du développement de l’agriculture à l’horizon 2023 semble très utopique. A l’image de l’émergence du Gabon promis en l’an 2025 par BOA. Pourtant, le développement de l’agriculture a bien besoin d’un tel outil. Les producteurs étant assez souvent confortés aux difficultés d’accéder aux financements pour réaliser leurs investissements. Les banques en territoire gabonais, outre qu’elles posent des conditions assez draconiennes pour octroyer un financement, n’ont pas développé en leur sein des lignes de crédits dédiées au financement d’une activité très spécifique comme l’agriculture. Les pays qui ont la volonté de développer ce secteur pour en faire le fer de lance de leur croissance économique ont mis en place de tels mécanismes. Mais en les dotant definancements bien identifiés. Ce que ne semble pas avoir compris la junte qui croit que des slogans suffisent pour booster le secteur. L’agriculture gabonaise souffre depuis toujours d’un manque de vision. Le pays peine à vérita-

blement choisir une stratégie et à y affecter les moyens. L’arrivée de la junte au pouvoir n’a fait qu’aggraver la situation. Celle-ci est totalement floue au point que le pays s’avère incapable de bien profiter de l’appui très important du groupe Olam au travers du projet Graine. Un autre gouvernement aurait transformé ce projet en véritable outil d’appui au développement des petits producteurs. Le Fonds national agricole, annoncé avec désinvolture, aurait pu faire partie du deal entre le gouvernement et le groupe Olam. Celui-ci mettant en place un fonds de garantie permettant aux projets portés par des privés de pouvoir trouver des financements auprès des banques locales. Ou bien que les fonds drainés par le projet Graine soient tout simplement logés dans les banques de la place pour appuyer les porteurs de projets. L’agriculture est, comme tout domaine technique, une affaire de spécialistes. Un danseur d’Ikoukou, fût-il un as dans son art, ne peut pas amener ce secteur à se métamorphoser. Il faut laisser cette charge aux nombreux spécialistes de haut niveau que compte ce département. Beaucoup sont partis, mais un bon nombre y est encore. Ils sont les seuls à pouvoir relever un tel défi. Sinon, les slogans les plus divers et variés feront toujours office de politique agricole dans notre pays.

’est un rapport des audits de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), rédigé par les cabinets Mazars et KPMG, qui lance cet avertissement. Plusieurs pays de la Cemac(Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) ont effectivement des soucis à se faire pour nourrir leurs populations et assurer les investissements nécessaires au développement de leurs économies. Au Gabon, la junte militarofasciste va être rattrapée par ses mensonges. Avec seulement 106 milliards de FCFA de réserves de change placés auprès du Trésor français, le Gabon aura le plus grand mal à boucler sans heurt l’année 2017. Rien qu’en matière de produits alimentaires, le pays dépendant totalement de l’extérieur. Pour se nourrir, il faut trouver l’équivalent de 550 millions d’euros de devises étrangères, soit un peu plus de 360 milliards de FCFA pour assurer les importations. Cela veut donc dire que les importateurs gabonais devront acquérir les précieuses devises au prix fort sur les marchés de change. La banque centrale ne disposant pas de quoi satisfaire leur demande dans les meilleures conditions. Ces importateurs étant loin d’être des philanthropes, le coût de l’acquisition des devises ou le coût de change sera inévitablement répercuté sur les prix de vente aux consommateurs finaux. Autant dire que les prix des produits de base, qui connaissent un hausse vertigineuse à cause de la légèreté de la junte qui a choisi de taxer lourdement la consommation pour renflouer ses caisse, notamment en créant la contribution spéciale de solidarité (CSS), vont encore augmenter un peu plus, faute

pour le Gabon de disposer de réserves en devises étrangères en quantité suffisante. La consommation des ménages ne sera pas la seule à subir les affres de cette politique insouciante, qui a consisté à dilapider de l’argent au moment où l’Etat croulait sous les recettes diverses. L’investissement payera aussi un lourd tribut. Avec des réserves aussi basses, l’Etat n’a plus de moyens de financer quoique ce soit. Le bureau de coordination des projets du plan stratégique Gabon émergent (BCPSGE), que dirige l’Accrombessi boy Liban Soleman, risque de passer toute l’année à se tourner les pouces. Car aucun projet dans ses cartons n’a plus de chance d’être financé par l’Etat. Il ne faut pas compter sur le secteur privé pour le faire. Les investisseurs, pour arriver en masse dans un pays, regardent d’abord le niveau de réserve de change dudit pays. C’est un élément qui garantit que l’Etat, donneur d’ordres, pourra s’acquitter des payements liés aux investissements qui vont être réalisés. Lorsque ce curseur est presqu’au rouge, comme c’est le cas au Gabon actuellement, les investisseurs ne viennent plus. Il reste dans ce cas la possibilité de lever les capitaux sur

les marchés financiers ou de faire des emprunts bancaires. Là également, la junte n’a plus de marge de manœuvre. Le niveau de la dette publique a explosé le niveau légal de 35% du PIB inscrit par le Gabon dans ses normes. Il devient impossible d’aller audelà en terme d’endettement sans tomber dans le surendettement et donc dans l’impossibilité de la rembourser. Le Gabon aurait pu éviter cette situation si le pays avait été bien géré depuis 2009. La junte a gouverné le Gabon au moment où ce pays engrangeait les plus fortes recettes de son histoire. A ses fortes entrées financières liées au prix élevé des cours du pétrole, la junte a placé avec succès des euros bonds sur le marché international. Le plus important étant celui de 2013 évalué à 1,5 milliard de dollars. L’ancien député Edgard Owono, membre du Rassemblement Héritage et Modernité, avait estimé qu’au cours de la période la junte avait bénéficié de près 18000 milliards de FCFA de recettes budgétaires et près de 5000 milliards de FCFA des recettes d’emprunt. Une telle cagnotte aurait évité au Gabon de se retrouver par terre. Sans même plus avoir les moyens de nourrir sa population.

poLITIqUe

ECHOS DU NORD N°436 du Mercredi 26 Avril 2017

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Emmanuel Macron et l’Afrique

Ces entrepreneurs françafricains aux basques du jeune premier Par Ramses Frank

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olloré, le plus véreux de tous, s’est empressé de faire connaître sa position entre Fillon, le candidat des Républicains, et Macron. Pour dire tout le bien qu’il pensait de ce jeune outsider. Il en sera de même de Dassault. Les limiers de la finance françafricaine et soutiens indéfectibles des dictatures en Afrique, notamment dans le pré carré français, ont certainement les bonnes données sur l’issue de l’élection présidentielle de 2017. La coalition anti-Le Pen est un phénomène naturel. D’entrée, elle part avec de sérieux handicaps, qu’elle ne saura point surmonter. Leur dévolu sur Macron est-il, d’ores et déjà, pour envoyer des signaux positifs aux présidents par défaut de certaines des Républiques stagnantes du pré carré ? A savoir que les bénéficiaires de nos finances, une fois au sommet, seront de tout cœur avec « nous ». Et donc « avec vous ». Vous, dictateurs tropicaux. Est-ce ce que Emmanuel Macron réserve à tant d’espérance et de voix qui, à l’unisson, voient en lui un président de la rupture réelle, comme nous le disions dans nos colonnes lundi dernier ? Restituons ici un long extrait d’une interview accordée à notre confrère « Jeune Afrique ». A la question de Marwane Ben Yahmed : « Sur le plan des relations internationales, et en particulier vis-à-vis de l’Afrique, qu’est-ce qui changerait avec vous ? » Sa réponse est sans fioriture :« Dans la politique étrangère que je conduirai, je veillerai à défendre partout les intérêts stratégiques de la France, et en priorité la sécurité des Français. A cet égard, en Afrique, je mènerai une action déterminée, avec nos partenaires africains et internationaux, contre le terrorisme et les trafics qui menacent la stabilité de plusieurs pays. » Parlant d’intérêts, on pourrait se tromper si l’on effectue un mauvais décryptage. C’est tout à fait normal que chaque Etat appuie et veille sur ses intérêts partout où il a du potentiel. Cela est cependant à différencier du maintien des systèmes qui ont agien prédation des socles économiques du continent et en réalité l’ont appauvri. Avec les combinaisons incestueuses dénoncées dans le cas du Gabon. Le prochain élément de sa réponse est digne d’attention. « Mais pour surmonter les éléments de fragilité du développement africain – sécurité, jeunesse peu formée, inégalités, dégradation des sols et réchauffement climatique – nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre les Unions (européenne et africaine), qui renouvelle complètement les politiques existantes, pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme, et bâtir une relation politique et économique véritable-

ment partenariale. C’est ainsi que l’Europe et l’Afrique pourront prospérer ensemble, défendre leurs intérêts mutuels et peser sur l’avenir de notre monde, aux côtés des États-Unis, de la Chine et d’autres puissances émergentes. » Mais il va plus loin : « Dès les premières semaines de mon mandat, j’engagerai une nouvelle politique en direction du continent africain, fondée sur la liberté et la responsabilité, avec des priorités claires : la sécurité, la lutte contre le changement climatique, les droits des femmes, l’éducation et la formation, les infrastructures, notamment pour l’accès à l’énergie et à l’eau, et le développement du secteur privé, notamment des PME africaines qui sont créatrices d’emploi. Dès le G20 de juillet prochain en Allemagne, je mobiliserai les institutions et nos partenaires internationaux pour faire du développement durable des États et des économies africaines une priorité majeure de l’agenda international. » Voyons. En plus de privilégier des relations d’Etat à Etat et entre les ensembles régionaux (UE-UA), tout ceci n’engage-t-il pas à scruter de nouveaux horizons ? En parlant d’une « nouvelle politique en direction du continent africain,

fondée sur la liberté et la responsabilité », il ne fait aucun doute que ce n’est pas avec des institutions au service d’une poignée de personnes que cette politique qu’il entend impulser produira les fruits escomptés. Encore moins avec des présidents dont les élections sont « bourrées d’incertitudes ». Il va de soique tout ceci ne se fera qu’avec des systèmes politiques viables. C’est–à-dire des présidents élus comme on l’entend, des institutions modernisées, en somme des institutions fortes chères à Barack Obama, et des gouvernants en mesure de respecter leurs engagement internationaux. Et non pas avec ceux qui confisquent l’expression souveraine de leur peuple. Quant aux véreux hommes d’affaires pour qui le scrupule est un terme sans cesse repoussé vers le zinjanthrope, en filigrane, Macron rappelle implicitement à chaque entrepreneur la responsabilité sociétale, socle de partenariats fructueux dans leurs différentes zones d’opération. Ceux qui ont cru que l’alignement de Bolloré et consorts derrière Macron signifiera qu’à cause de leur argent, s’il est prouvé qu’ils en ont mis, le nouveau président sera leur factotum devraient peut-être réviser leurs projets. Je vous laisse quelques florilèges de cette interview. « Je veux

approfondir nos relations au niveau des acteurs de la société civile et des acteurs économiques. C’est vital pour aussi en terminer avec certains réseaux de connivence qui n’ont plus lieu d’être… Je veux écrire une nouvelle page dans notre relation avec l’Afrique et pour cela conduire un véritable aggiornamento de notre politique en direction du continent, pour répondre à sa vitalité et contribuer à libérer son potentiel… C’est pourquoi, je lancerai une initiative ambitieuse entre la France, l’Europe, le sud de la Méditerranée et l’Afrique, les routes de la liberté et de la responsabilité, pour renforcer nos intérêts mutuels, dans tous les domaines – sécurité, climat, commerce, emploi, innovation. Dans le cadre de ce partenariat pour l’avenir, j’apporterai plusieurs inflexions à notre politique africaine. Tout d’abord, je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes dont on a vu que, malheureusement, ils subsistent encore dans le système politique français, en particulier à droite et à l’extrême-droite. » Emmanuel Macron sera-t-il celui qui « dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit »? L’homme de la rupture ? Wait and see.

EDN Final 436_26-04-2017.pdf

Bongo, Teodorin Obiang. Nguema, Samuel Eto'o Fils, on. cite désormais, à tort ou à raison,. le milliardaire sénégalais Seydou. Kane le nouvel élu de son cœur.

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